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samedi 20 février 2016

La protestation des catholiques ukrainiens: "Le pape soutient l'agression russe"

La protestation des catholiques ukrainiens: "Le pape soutient l'agression russe"

L'archevêque de Kiev exprime l'amertume qu'inspire à ses fidèles l'accolade entre François et le patriarche de Moscou ainsi que les "demi-vérités" du document qu'ils ont signé à La Havane

par Sandro Magister




ROME, le 17 février 2016 – Lors du dernier conclave au cours duquel une puissance catholique exerça son droit de veto, il y a de cela un peu plus d'un siècle, le cardinal qui était parti en tête fut mis hors jeu parce qu'il était francophile, au profit d'un cardinal austrophile, qui fut élu pape sous le nom de Pie X.

Actuellement l'accusation lancée contre François est qu'il serait russophile. Une énième preuve de cette russophilie serait la déclaration conjointe que le pape et Cyrille, patriarche de Moscou et de toutes les Russies, ont signée le 12 février à l'aéroport de La Havane :

> "Par la volonté de Dieu le Père…"


En effet il était largement prévu que les modalités de la rencontre entre les deux hommes, mais aussi le document qu'ils allaient signer provoqueraient de vives réactions, de nature principalement politique, sur plusieurs fronts :

> Sur l'accolade entre François et Cyrille plane l'ombre de Poutine

Et c'est bien ce qui s'est passé. L'épicentre de ces réactions a été l'Ukraine et en particulier ses cinq millions de gréco-catholiques.

Leur archevêque majeur, Sviatoslav Schevchuk (voir photo), a déclaré :

"Beaucoup de gens ont pris contact avec moi et m'ont dit qu'ils se sentaient trahis par le Vatican ; ils sont déçus par le caractère de demi- vérité de ce document, qu'ils perçoivent même comme un soutien indirect apporté par le Siège Apostolique à l'agression russe contre l'Ukraine".

L'archevêque de Kiev a donné les raisons de ces sentiments qu'éprouvent ses fidèles dans une longue interview qui a été publiée, dimanche 14 février, en ukrainien et en anglais sur le site officiel de l'Église gréco-catholique :

> "Two Parallel Worlds"

Et Schevchuk n'a pas été le seul à critiquer sévèrement la ligne russophile du Saint-Siège et du pape. Parce qu'il a également reçu un soutien explicite de la part du nonce apostolique en Ukraine, l'archevêque Claudio Gugerotti :

> Il nunzio in Ucraina sul documento di Francesco e Kirill: "Da dimenticare"


Pour ne pas parler d'un réquisitoire implacable contre le document que François et Cyrille ont signé à La Havane, réquisitoire qu'a publié, le 15 février, Myroslav Marynovych, vice-recteur de l'Université Catholique Ukrainienne de Lviv, co-fondateur d'Amnesty International Ukraine, membre fondateur de l'Ukrainian Helsinki Group et ancien prisonnier politique :

> An epochal meeting with epochal consequences

On peut lire ci-dessous, traduite dans sa totalité, la prise de position du chef de l'Église gréco-catholique ukrainienne, qui est attendu au Vatican pour une discussion directe avec le pape François, une fois que celui-ci sera revenu de Cuba et du Mexique.

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"Deux mondes parallèles"

Une interview accordée par Sa Béatitude Sviatoslav Schevchuk


La conclusion de la rencontre du pape François et du patriarche Cyrille a été la signature d'une déclaration conjointe, qui a provoqué des réactions peu favrorables de la part des citoyens et des représentants de l'Église d'Ukraine.

Sa Béatitude Sviatoslav [Shevchuk], qui est le chef de l'Église gréco-catholique ukrainienne, nous a fait part de ses impressions à propos de la rencontre en général et du document en particulier.

Q : Votre Béatitude, pourriez-vous nous faire part de vos impressions à propos de la rencontre entre le pape François et le patriarche Cyrille. Que pouvez-vous dire de la déclaration conjointe qu'ils ont signée ?

R : Notre expérience, acquise au fil de nombreuses années, nous amène à dire que, lorsque le Vatican et Moscou organisent des rencontres ou signent des textes conjoints, il est difficile d'en attendre quelque chose de bon. Je voudrais tout d'abord dire quelques mots à propos de la rencontre du Saint-Père et du patriarche Cyrille et ensuite je commenterai le texte de la déclaration.

On remarque immédiatement, notamment à cause des commentaires que les deux parties ont faits après la rencontre, qu'elles se situaient sur deux plans complètement différents et qu'elle poursuivaient des objectifs différents.

Sa Sainteté le pape François a vécu cette rencontre avant tout comme un événement spirituel. Il a commencé son allocution en faisant remarquer que, catholiques et orthodoxes, nous partageons un seul et même baptême. Dans cette rencontre, il a cherché la présence du Saint-Esprit et il a reçu Son soutien. Il a insisté sur le fait que l'unité des Églises peut être obtenue lorsque nous marchons ensemble sur le même chemin.

En ce qui concerne le patriarche de Moscou, on a immédiatement senti que, pour lui, il n'était pas question du Saint-Esprit, ni de théologie, ni de véritables questions religieuses. Il n'y a pas eu de prière commune, l'accent a été mis sur des phrases officielles concernant "le destin du monde", et l'aéroport a fourni un environnement neutre, c'est-à-dire non-ecclésial. On a eu l'impression qu'ils se trouvaient dans deux mondes parallèles. Est-ce que ces deux réalités parallèles se sont croisées au cours de cette rencontre ? Je n'en sais rien, mais d'après les règles existant en mathématiques, deux droites parallèles ne se croisent jamais.

J'ai ressenti une véritable admiration, du respect, et une certaine crainte révérencielle pour l'humilité du pape François, un authentique "serviteur souffrant de Dieu", qui ne cherche qu'une seule chose : porter témoignage de l'Évangile du Christ devant les hommes d'aujourd'hui, être dans le monde mais rester du Christ, avoir le courage de n'être "pas de ce monde".

Je voudrais donc inviter tout le monde à ne pas le juger précipitamment, à ne pas rester au niveau de réalité de ceux qui ne voient dans cette rencontre que de la politique et qui veulent à tout prix exploiter un humble pape pour la réalisation de leurs plans humains. Si nous n'entrons pas dans la réalité spirituelle du Saint-Père et si nous ne discernons pas avec lui l'action du Saint-Esprit, nous resterons emprisonnés par le prince de ce monde et ses adeptes. Alors, pour nous, il s'agira d'une rencontre qui aura eu lieu mais où il ne se sera rien passé.

Pour ce qui est du texte de la déclaration qui a été signée conjointement, il est, d'une manière générale, positif. Il pose des questions qui sont des sujets de préoccupation pour les catholiques aussi bien que pour les orthodoxes et il ouvre de nouvelles perspectives de coopération. J'encourage tout le monde à rechercher ces éléments positifs. Cependant les points qui concernent l'Ukraine en général et l'Église gréco-catholique ukrainienne en particulier apportent plus de questions que de réponses.

Il a été indiqué officiellement que ce document était le fruit d'un effort commun du métropolite Hilarion (Alfeyev) pour les orthodoxes et du cardinal Koch et du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens du côté des catholiques. S'agissant d'un document qui était censé être non pas théologique, mais essentiellement socio-politique, on pouvait difficilement imaginer une équipe plus faible que celle qui a préparé ce texte.

Le conseil pontifical qui vient d'être cité est compétent en matière de théologie pour les relations avec les diverses Églises et communautés chrétiennes, mais il n'est pas expert en matière de politique internationale, en particulier à propos de sujets délicats tels que l'agression russe en Ukraine. C'est pourquoi le caractère que l'on voulait donner au document était au-delà de ses possibilités.

Cet état de fait a été exploité par le département des Affaires extérieures de l'Église orthodoxe russe, qui est, avant tout, l'instrument de la diplomatie et de la politique étrangère du patriarcat de the Moscou.

Je voudrais faire remarquer que, en tant que chef de notre Église, je suis un membre officiel du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, ayant déjà été nommé à ce poste par le pape Benoît. Cependant personne ne m'a invité à dire ce que je pensais. Par conséquent, pour l'essentiel, ils ont parlé de nous sans nous, sans nous donner la parole, comme cela s'est déjà produit précédemment.

Peut-être le nonce apostolique pourrait-il m'aider à comprendre les "points obscurs" de ce texte et m'expliquer quelle est la position du Vatican sur les points où celle-ci n'est pas, d'après nous, formulée clairement.

Q : Cependant le paragraphe 25 de la Déclaration s'exprime avec respect à propos des gréco-catholiques et la question de l'Église gréco-catholique ukrainienne est, en substance, reconnue comme étant du domaine des relations interecclésiales entre l'Église catholique et les Églises orthodoxes.

R: Oui, vous avez raison. Il semble qu'ils ne contestent plus notre droit à l'existence. En réalité, nous ne sommes pas obligés de demander la permission de qui que soit pour exister et pour agir.

Ce qu'il y a de nouveau, bien sûr, c'est que, cette fois-ci, l'accent est mis sur le fait que l'Accord de Balamand, qui a été adopté en 1993 et que le métropolite Alfeyev a utilisé jusqu'à maintenant pour nous refuser le droit à l'existence, est désormais utilisé pour affirmer ce droit. S'appuyant sur le rejet de "l'uniatisme" comme méthode d'unification des Églises, Moscou a toujours exigé du Vatican qu'il condamne virtuellement notre existence et qu'il limite nos activités. De plus, cette demande était présentée, sous la forme d'un ultimatum, comme une condition indispensable pour qu'une rencontre entre le pape et le patriarche soit possible.

Dans le passé, nous avons été accusés d'"expansion sur le territoire canonique du patriarcat de Moscou", et maintenant notre droit de prendre soin de nos fidèles, partout où ils en ont besoin, est reconnu. Je présume que cela s'applique également à la Fédération de Russie, où nous n'avons pas, actuellement, la possibilité d'exister librement et légalement, ou au territoire de la Crimée annexée, où nous sommes "réenregistrés" de manière conforme à la législation russe et en réalité anéantis.

Ce changement de point de vue est certainement positif, même si, sur le fond, rien de nouveau n'a été dit. La reconnaissance du fait que "les orthodoxes et les gréco-catholiques ont besoin de réconciliation et de formes de coexistence acceptables par les uns et les autres" est encourageante. Cela fait longtemps que nous en parlons ; le cardinal Myroslav Ivan Lubachivsky et Sa Béatitude Lubomyr [Husar] ont fréquemment fait appel à nos frères orthodoxes en ces termes, mais il n'y avait pas de réponse. J'espère que nous allons parvenir à développer des relations bilatérales avec l'Église orthodoxe ukrainienne, en allant dans cette direction sans interférences venant de Moscou.

Q : Comment commenteriez-vous la déclaration suivante : "Nous invitons toutes les parties impliquées dans le conflit à la prudence, à la solidarité sociale et à une action visant à la construction de la paix. Nous invitons nos Églises qui sont en Ukraine à travailler à l'harmonie sociale, à s'abstenir de prendre part à la confrontation, et à ne soutenir aucun nouveau développement du conflit" ?

R : D'une manière générale, je voudrais dire que le paragraphe 26 de la Déclaration est le plus sujet à discussion. Ou bien on a l'impression que le patriarcat de Moscou refuse obstinément de reconnaître qu'il participe au conflit, puisqu'il soutient ouvertement l'agression perpétrée par la Russie contre l'Ukraine – je note, au passage, qu'il bénit également les opérations militaires menées par la Russie en Syrie, qualifiées de "guerre sainte". Ou bien on pense qu'il fait appel avant tout à sa conscience et qu'il cherche à faire également preuve de prudence, de solidarité sociale, et d'activité en faveur de la construction de la paix.

Je ne sais pas ! Le mot "conflit" lui-même est obscur dans cette phrase et il semble suggérer au lecteur que l'on a affaire à une "guerre civile" plutôt qu'à une agression extérieure menée par un état frontalier. Actuellement, il est largement admis que si la Russie n'envoyait pas des soldats sur le territoire ukrainien et si elle ne fournissait pas des armes lourdes, si l'Église orthodoxe russe, au lieu de bénir l'idée de "Russkiy mir" ("Monde russe") soutenait l'Ukraine dans ses efforts pour prendre le contrôle de ses propres frontières, il n'y aurait pas d'annexion de la Crimée ni même de guerre. C'est précisément cette sorte de solidarité sociale avec le peuple ukrainien et une construction active de la paix que nous attendons des signataires de ce document.

Je voudrais formuler quelques remarques à propos de la phrase qui encourage les Églises qui sont en Ukraine "à travailler à l'harmonie sociale, à s'abstenir de prendre part à la confrontation, et à ne soutenir aucun nouveau développement du conflit". Les Églises et les organisations religieuses d'Ukraine n'ont jamais soutenu la guerre et elles ont constamment travaillé à la paix sociale et à l'harmonie. Il suffit, pour s'en rendre compte, de prêter un peu d'attention aux sujets abordés dans les appels lancés par le Conseil pan-ukrainien des Églises et par les organisations religieuses au cours des deux dernières années.

En revanche, l'appel à ne pas prendre part aux protestations et à ne pas soutenir le développement du conflit pour des raisons diverses me rappelle fortement les accusations lancées par le métropolite Hilarion, qui a attaqué les prises de position des "ukrainiens schismatiques et uniates", en nous accusant pratiquement d'être la cause de la guerre en Ukraine orientale et en considérant en même temps que notre position de citoyens, qui est fondée sur la doctrine sociale de l'Église catholique, constitue un soutien à une seule des "parties prenantes dans le conflit."

À ce sujet, je voudrais affirmer ceci. L'Église gréco-catholique ukrainienne n'a jamais soutenu ni favorisé la guerre. Toutefois nous avons toujours soutenu et soutiendrons toujours le peuple d'Ukraine !

Nous n'avons jamais été du côté de l'agresseur ; bien au contraire, nous sommes toujours restés aux côtés de notre peuple lorsque les gens étaient sur la place Maidan, lorsqu'ils se faisaient tuer par les partisans du "Russkiy mir."

Nos prêtres n'ont jamais pris les armes, contrairement à ce qui s'est produit de l'autre côté. Nos aumôniers militaires, en tant que constructeurs de paix, souffrent du froid glacial aux côtés de nos soldats sur le front et, de leurs propres mains, ils transportent les blessés à l'écart du champ de bataille et ils essuient les larmes des mères qui pleurent leurs enfants morts.

Nous prenons soin des blessés et de ceux qui ont souffert à cause des combats, sans tenir compte de leur origine nationale, de leurs croyances religieuses ou de leurs opinions politiques.

Aujourd'hui, plus que jamais, les circonstances sont telles que notre nation n'a pas d'autre protection ni d'autre refuge que son Église. C'est précisément notre conscience de pasteurs qui nous incite à être la voix du peuple, afin de réveiller la conscience de la communauté chrétienne mondiale, même lorsque cette voix n'est pas comprise ou lorsqu'elle est dédaignée par les leaders religieux des Églises d'aujourd'hui.

Q : Votre Béatitude, est-ce que le fait que le Saint-Père a signé un document si peu clair et si ambigu ne va pas porter atteinte au respect que les fidèles de l'Église gréco-catholique d'Ukraine ont pour lui, étant donné que l'union avec le successeur de Pierre fait partie intégrante de l'identité de cette Église ?

R : Il est indiscutable que ce texte a suscité une profonde déception chez de nombreux fidèles de notre Église et parmi les citoyens ukrainiens consciencieux. Aujourd'hui, un grand nombre d'entre eux m'ont contacté à ce sujet et m'ont dit qu'ils se sentaient trahis par le Vatican, déçus par le caractère de demi-vérité de ce document, et même qu'ils le perçoivent comme un soutien indirect apporté par le Siège Apostolique à l'agression russe contre l'Ukraine.

Je peux certainement comprendre ces sentiments. J'encourage cependant nos fidèles à ne pas faire un drame de cette Déclaration et à ne pas exagérer son importance pour la vie de l'Église. Nous avons déjà l'expérience de bon nombre de déclarations de ce genre et nous survivrons à celle-ci comme nous avons survécu aux autres.

Il faut que nous nous souvenions que notre union et notre pleine communion avec le Saint-Père, qui est le successeur de l'apôtre Pierre, n'est pas le résultat d'un accord politique ou d'un compromis diplomatique, ou encore de la clarté du texte d'une déclaration commune. Cette union et cette communion avec le Pierre d'aujourd'hui sont pour nous une affaire de foi. C'est à lui, au pape François, et à chacun de nous aujourd'hui, que le Christ dit, dans l'évangile de Luc : "Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le blé. Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères" .

C'est pour cette union avec le Siège Apostolique que, au XXe siècle, les martyrs et les confesseurs de la foi de notre Église ont donné leur vie, cette union qu'ils ont scellée de leur sang. Au moment où nous commémorons le 70e anniversaire du Pseudo-Synode de Lviv, tirons notre force de leur témoignage, de leur sacrifice qui, aujourd'hui, paraît être, parfois, une pierre d'achoppement – une pierre que les bâtisseurs de relations internationales rejettent fréquemment. Et pourtant c'est précisément cette pierre du Christ de la foi de Pierre, que le Seigneur utilisera comme pierre d'angle de l'avenir de tous les chrétiens. Et ce sera "merveille à nos yeux" .

Dimanche 14 février 2016

(Interview en ukrainien : Père Ihor Yatsiv)

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Cette interview de l'archevêque gréco-catholique Sviatoslav Shevchuk a suscité une très vive réaction, publiée le 17 février sur le site web de l'agence de presse russe Interfax, du métropolite Hilarion de Volokolamsk, numéro 2 de l'Eglise orthodoxe de Moscou, qui était aux côtés de Cyrille à La Havane :

> "Ukrainian Greek-Catholics have aggressive rhetoric, even Pope not an authority to them"

Hilarion a notamment déclaré :

"Cette réaction a été très négative, très insultante non seulement pour nous, mais également pour le pape. Ces déclarations montrent que les dirigeants de l'Église gréco-catholique ukrainienne n'ont pas modifié leur manière de voir. Ils ne sont pas prêts à entendre la voix de notre patriarche, mais pas non plus celle de leur pape lui-même".

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Traduction française par Antoine de Guitaut, Paris, France.

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Pour d'autres informations et commentaires, voir le blog que tient Sandro Magister, uniquement en italien:

> SETTIMO CIELO


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17.2.2016  

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