Follow by Email

dimanche 21 février 2016

Second dimanche de Carême (Rite Extraordinaire)


careme-2

Évangile selon saint Matthieu 17, 1-9

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, son frère, et les emmena à l’écart sur une haute montagne. Alors il fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la neige. Et voici que leur apparurent Moise et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : « Seigneur, il nous est bon d’être ici ; si tu veux, je vais y dresser trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » Il parlait encore, quand une nuée lumineuse les prit sous son ombre, et une voix dit, de la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; il a tout mon amour : écoutez-le » à ces mots, les disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis d’une grande frayeur. Mais Jésus, s’approchant, les toucha et leur dit : « Relevez-vous ; soyez sans crainte. » Levant alors les yeux, ils ne virent plus que Jésus, seul. Comme ils descendaient de la Montagne, Jésus leur fit cette défense : « Ne parlez à personne de ce que vous avez vu, Jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

« Seigneur, il nous est bon d’être ici ! » Las de vivre au milieu de la foule, Pierre avait trouvé la solitude sur la montagne, où son âme se nourrissait du Christ. Pourquoi quitter ce lieu pour aller vers les fatigues et les peines, puisqu’il brûlait pour Dieu d’un saint amour et, par le fait même, sanctifiait sa vie ? Il voulait ce bonheur pour lui, si bien qu’il ajouta : « Si vous le voulez, faisons ici trois tentes, une pour vous, une pour Moïse et une pour Élie ».

Pierre désirait trois tentes : la réponse venue du ciel a montré que nous n’en avons qu’une : le Verbe de Dieu est le Christ, le Verbe de Dieu est dans la Loi, le Verbe de Dieu est dans les prophètes. Au moment où la nuée les enveloppa tous, et forma pour ainsi dire une seule tente au-dessus d’eux, une voix en sortit. Celui que la voix révélait est celui dont la Loi et les prophètes se glorifiaient : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le ». Car vous l’avez écouté dans les prophètes, vous l’avez écouté dans la Loi, et où ne l’avez-vous pas entendu ? A ces mots, les disciples tombèrent à terre.

En tombant à terre, les apôtres symbolisent notre mort, mais en les relevant, le Seigneur symbolise la résurrection. Et, après la résurrection, à quoi sert la Loi ? A quoi sert la prophétie ? Dès lors Élie disparaît, et Moïse disparaît. Ce qui te reste, c’est : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn 1,1). Le Verbe te reste pour que Dieu soit tout en tous (1Co 15, 28).

Descends, Pierre. Tu désirais te reposer sur la montagne ; voici que le Seigneur lui-même te dit : « Descends pour peiner et servir en ce monde, pour être méprisé et crucifié en ce monde. » La vie est descendue pour être mise à mort, le pain est descendu pour endurer la faim, la voie est descendue pour se fatiguer sur le chemin, la source est descendue pour endurer la soif, et toi, tu refuses de souffrir ? Ne cherche pas ton profit. Pratique la charité, annonce la vérité. Tu parviendras alors à l’immortalité, et avec elle tu trouveras la paix.

S. Augustin (Sermon 78, 2-6)

Trois sont choisis pour gravir la montagne, deux pour apparaître avec le Seigneur. Pierre monte, lui qui a reçu les clés du Royaume des cieux, et Jean à qui sera confiée la Mère de Jésus, et Jacques qui montera le premier à la dignité d’évêque. Puis apparaissent Moïse et Élie, la Loi et la prophétie, avec le Verbe. Nous aussi, gravissons la montagne, implorons le Verbe de Dieu pour qu’il nous apparaisse dans sa « splendeur et sa beauté », qu’il « soit fort, s’avance en majesté et règne » (Ps 99,4).

Car si tu ne gravis pas la cime d’un savoir plus élevé, la Sagesse ne t’apparaît pas, la connaissance des mystères ne t’apparaît pas. Il ne t’apparaît pas quelle splendeur, quelle beauté est contenue dans le Verbe de Dieu, mais le Verbe de Dieu t’apparaît comme dans un corps « sans grâce ni beauté » (Is 53,2). Il t’apparaît comme un homme meurtri, capable de souffrir nos infirmités (v.5) ; il t’apparaît comme une parole née de l’homme, couverte du voile de la lettre, ne resplendissant pas de la force de l’Esprit (cf 2Co 3,6-17).

Ses vêtements sont autres en bas de la montagne, autres là-haut. Peut-être que les vêtements du Verbe sont les paroles des Écritures, habillant pour ainsi dire la pensée divine, et comme il est apparu à Pierre, Jacques et Jean sous un autre aspect, son vêtement resplendissant de blancheur, de même, aux yeux de ton esprit, s’éclaire déjà le sens des divines Écritures. Les paroles divines deviennent donc comme neige, les vêtements du Verbe « d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir ».

Une nuée survint et les prit sous son ombre. Cette ombre est celle de l’Esprit divin ; elle ne voile pas le cœur des hommes, mais révèle ce qui est caché. Tu le vois : non seulement pour les commençants, mais aussi pour les parfaits et même pour les habitants des cieux, la foi parfaite c’est de connaître le Fils de Dieu.

S. Ambroise (Commentaire sur l’évangile de Luc, VII, 9)