Follow by Email

mardi 19 avril 2016

HOMÉLIE DE SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE SUR LE SACRIFICE SPIRITUEL « Tu as fait de nous un royaume et des prêtres pour notre Dieu »



Je vous adjure par la miséricorde de Dieu. Saint Paul nous demande, ou plutôt c'est Dieu qui nous demande par l'intermédiaire de Paul : Dieu veut être aimé plus qu'il ne veut être craint. Dieu demande parce qu'il ne veut pas tellement être Seigneur qu'être Père. Dieu demande avec miséricorde pour ne pas exiger avec rigueur. ~
 
Écoutez ce que demande le Seigneur : Reconnaissez en moi votre corps, vos membres, vos viscères, vos os, votre sang. Et si ce qui appartient à Dieu vous inspire de la crainte, est-ce que vous n'aimez pas ce qui est à vous ? Si vous fuyez le Seigneur, pourquoi ne recourez-vous pas à celui qui vous a engendrés ?

Mais peut-être que l'énormité de ma passion, dont vous êtes les auteurs, vous couvre de honte ? Ne craignez pas. Cette croix a été mortelle non pour moi mais pour la mort. Ces clous ne me pénètrent pas de douleur, mais d'un amour encore plus profond envers vous. Ces blessures ne provoquent pas mes gémissements, mais elles vous font entrer davantage dans mon cœur. L'écartèlement de mon corps vous ouvre mes bras, il n'augmente pas mon supplice. Mon sang n'est pas perdu pour moi, mais il est versé pour votre rançon.

Venez donc, retournez à moi et reconnaissez votre Père en voyant qu'il vous rend le bien pour le mal, l'amour pour les outrages, et pour de si grandes blessures une si grande charité.

Mais écoutons maintenant l'adjuration de l'Apôtre : Je vous adjure d'offrir vos corps. L'Apôtre, par cette demande, a fait accéder tous les hommes au sommet du sacerdoce : offrir vos corps, comme un sacrifice vivant.

Quelle fonction sans précédent, que celle du sacerdoce chrétien ! L'homme y est à lui-même et la victime et le prêtre ; l'homme n'a pas à chercher au dehors ce qu'il doit immoler à Dieu ; l'homme apporte avec lui et en lui ce qu'il doit offrir pour lui-même à Dieu en sacrifice ; la victime demeure la même, tandis que le prêtre reste aussi le même ; la victime qu'on frappe reste vivante, et le prêtre ne meurt pas puisqu'il doit officier.

Étonnant sacrifice où le corps est offert sans qu'il y ait de corps, où le sang est offert sans que le sang soit versé. Je vous adjure, par la miséricorde de Dieu, d'offrir vos corps en sacrifice vivant.
 
Mes frères, ce sacrifice du Christ dépend du modèle qu'il nous en a donné, lorsqu'il a immolé son corps pour que sa vie donne la vie au monde ; et vraiment il a fait de son corps un sacrifice vivant, puisqu'il vit en étant immolé. Avec une telle victime, la mort est donnée en rançon, le sacrifice demeure, le sacrifice est vivant, la mort reçoit son châtiment. C'est pourquoi les martyrs naissent en mourant, commencent leur vie lorsqu'ils la finissent, vivent par leur mise à mort, et brillent dans le ciel alors que sur la terre on croyait à leur extinction.

Je vous adjure, mes frères, par la miséricorde de Dieu, d'offrir vos corps en sacrifice vivant et saint. C'est ce que le Prophète a chanté : Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, mais tu m'as façonné un corps.
  
Sois le sacrifice et le prêtre de Dieu. Ne néglige pas le don que t'a concédé la souveraineté divine. Revêts la robe de la sainteté ; boucle sur toi le ceinturon de la chasteté ; que le Christ vienne voiler ta tête ; que la croix imprimée sur ton front te protège toujours; mets sur ton cœur le mystère de la science divine ; fais brûler sans cesse l'encens de ta prière ; empoigne le glaive de l'Esprit ; fais de ton cœur un autel. Et ainsi présente ton corps à Dieu, offre-le sans crainte en sacrifice.

Dieu désire la foi, et non la mort ; il a soif de prières et non de sang ; il se laisse réconcilier par le bon vouloir, non par le meurtre.