Follow by Email

mercredi 18 mai 2016

COMMENTAIRE DE SAINT JÉRÔME SUR L'ECCLÉSIASTE « Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? »


Lorsque Dieu a donné richesses et trésor, il permet à l'homme de s'en nourrir, d'en prendre sa part et de se réjouir de son travail, c'est un don de Dieu. On ne se souviendra plus beaucoup des jours de sa vie, parce que Dieu comble le cœur de joie. En comparaison de celui qui se nourrit de ses richesses mais en étant assombri par les soucis, et qui amasse des biens périssables dans un grand ennui de vivre, l'Ecclésiaste déclare plus heureux celui qui jouit des biens présents. Car, en ce cas, il y a au moins, dans cette jouissance, un peu de plaisir ; dans l'autre cas, il n'y a que l'énormité des soucis. Et l'Ecclésiaste explique pourquoi c'est un don de Dieu, de pouvoir jouir de la richesse : parce qu'on ne se souviendra plus beaucoup des jours de sa vie.

Oui, Dieu en distrait cet homme par la joie de son cœur : cet homme ne vivra pas dans la tristesse, il ne se fatiguera pas à réfléchir, parce qu'il sera entraîné par la joie et le plaisir présents. Mais, selon l'Apôtre, il vaut mieux comprendre que la nourriture spirituelle et la boisson spirituelle nous sont données par Dieu, et découvrir ce que l'on a de bon dans tout son labeur. Car, si nous pouvons contempler les vrais biens, c'est par un labeur et un effort énormes. Et telle est notre part : nous réjouir dans notre effort et notre labeur. Quoique cela soit bon, cependant, jusqu'à ce que le Christ, notre vie, se soit manifesté, ce n'est pas encore le bien parfait.

Tout le travail de l'homme est pour sa bouche, et pourtant son âme n'est pas rassasiée. Quelle est la supériorité du sage sur le fou, quelle est la supériorité du pauvre lorsqu'il sait se conduire parmi les vivants ? Tout le travail des hommes en ce monde est absorbé par la bouche et, broyé par les dents, il passe dans le ventre pour être digéré. Et lorsqu'il trouve un peu de satisfaction dans la gourmandise, cela ne lui donne du plaisir qu'autant que sa gorge peut en contenir.

Et après tout cela, l'âme du mangeur n'est pas rassasiée. Cela peut s'expliquer de deux façons. Ou bien parce que l'on veut toujours recommencer à manger, et le sage aussi bien que le fou sait qu'il ne peut vivre sans manger ; le pauvre ne cherche pas autre chose que de pouvoir sustenter cet instrument qu'est son malheureux corps, de ne pas le laisser périr d'inanition. Ou encore l'âme n'est pas rassasiée en ce sens qu'elle ne trouve aucun profit dans la réfection de son pauvre corps ; la nourriture est la même pour le sage et pour le fou, et le pauvre s'en va là où il espère trouver des ressources.

Mais il vaut mieux comprendre cela du chrétien qui, en connaissant bien les Écritures, met tout son travail dans sa bouche, et son âme n'est pas rassasiée, parce qu'il désire toujours s'instruire. Et sur ce point, le sage est supérieur à l'insensé. Car, parce qu'il comprend qu'il est un pauvre ; ce pauvre que l'Évangile déclare heureux, il s'empresse de saisir ce qui fait sa vie, il marche sur la route étroite et resserrée qui conduit à la vie. Il est pauvre, mais de mauvaises actions, et il sait où demeure le Christ, qui est la vie.