Follow by Email

jeudi 2 juin 2016

COMMENTAIRE DE SAINT GRÉGOIRE LE GRAND SUR LE LIVRE DE JOB Nous sommes à l'aurore de la lumière parfaite.



Parce que le point du jour, ou l'aurore, passe des ténèbres à la lumière, on a bien raison de désigner par ces noms toute l'Église des élus. C'est elle en effet qui est conduite de la nuit de l'incroyance à la lumière de la foi, et qui, pareille à l'aurore, s'ouvre au jour, après les ténèbres, dans le rayonnement de la lumière d'en haut. Le Cantique dit donc très bien : Qui est celle-ci, qui s'avance comme l'aurore à son lever ? En effet, la sainte Église, désirant les récompenses de la vie céleste, a été appelée aurore, puisque, en quittant les ténèbres des péchés, elle resplendit de la lumière de justice.

Mais on peut trouver une considération plus subtile dans cette comparaison avec le point du jour et l'aurore. Celle-ci, ou le point du jour, annoncent que la nuit est passée, mais ils ne font pas découvrir l'éclat du jour dans sa plénitude ; cependant, en chassant la nuit, ils accueillent le jour ; ils apportent une lumière toute mêlée de ténèbres. Nous tous, qui suivons la vérité, sommes-nous autre chose, en cette vie, qu'une aurore ? Car nous accomplissons déjà des actes qui relèvent de la lumière, et pourtant, sur certains points, bien des restes de ténèbres demeurent en nous. Le Seigneur l'a bien dit, par la bouche du Prophète : Aucun vivant n'est juste devant toi. Et il est encore écrit : Nous trébuchons tous, bien souvent. ~

Aussi, lorsque Paul disait : La nuit est bientôt finie, il n'ajoutait pas : Le jour est venu, mais : Le jour est tout proche. En effet, lorsqu'il suggère qu'après la fin de la nuit le jour n'est pas encore venu, mais qu'il approche, il montre qu'avec l'aurore on est après les ténèbres, mais encore avant le soleil.

L'Église parfaitement sainte des élus sera le plein jour, lorsqu'elle ne comportera plus le mélange d'aucune ombre de péché. Ce sera le plein jour, lorsque brillera en elle la ferveur parfaite de la lumière intérieure. ~ Il est donc très juste de montrer que l'aurore est encore comme en devenir, avec cette parole : As-tu fait connaître à l'aurore sa place ? Faire connaître sa place à quelqu'un, c'est en effet l'inviter à passer d'un endroit à un autre. Quelle est la place de l'aurore, sinon la pleine lumière de la vision éternelle ? Lorsqu'elle parvient à cette place, elle ne garde plus rien des ténèbres de la nuit écoulée. L'aurore s'efforçait de rejoindre sa place, quand le Psalmiste disait : Mon âme a soif du Dieu vivant ; quand pourrai-je m'avancer, paraître devant la face de Dieu ? ~

L'aurore se hâtait de parvenir à cette place qu'elle connaissait, lorsque saint Paul disait avoir le désir de s'en aller pour être avec le Christ. Et encore : Pour moi, vivre, c'est le Christ, et mourir est un avantage.