Follow by Email

mardi 26 juillet 2016

Jacques Hamel, martyr du fanatisme et des lâchetés politiques

Jacques Hamel, martyr du fanatisme et des lâchetés politiques

Jacques Hamel, martyr du fanatisme et des lâchetés politiques

Père Jacques Hamel.

Héloïse Lenesley est journaliste. Elle collabore notamment à Causeur.

Publicité

Aujourd'hui, nous sommes des millions de Français hébétés, révoltés, poignardés en plein cœur par l'assassinat barbare de Jacques Hamel, prêtre, 84 ans. Il était réputé bienveillant, discret et serviable. Ordonné en 1958, il officiait à Saint-Étienne-du-Rouvray où, bien que retraité, il secondait le curé de la paroisse et célébrait la messe quand celui-ci était absent, comme ce mardi 26 juillet. Ce jour-là, deux endoctrinés islamiques ont surgi et l'ont égorgé. Quelle belle proie, quel trophée de rêve pour exacerber l'émotion et attiser les rancœurs bellicistes. Après avoir éviscéré la fête nationale de la France avec un camion fou, on saigne ses églises à blanc. Ses symboles sont écorchés, broyés, calcinés un à un, au nom d'une haine vengeresse que Daech est parvenu à merveille à exporter et à franchiser. Désormais, n'importe quel abruti désœuvré, mu par un héroïsme de

branquignol pour donner un sens à une vie trop ordinaire, peut se procurer la pochette surprise du parfait petit djihadiste via les réseaux salafistes qui sévissent en banlieue ou sur Internet. Le narcissisme du sauvage. Le père Jacques Hamel a été sacrifié sur l'autel de l'insondable bêtise du fanatisme mais aussi de la répulsive lâcheté politique qui, pour ne pas froisser les susceptibilités communautaristes ou pour enrayer la fragmentation sismique de l'unité nationale, a pris le parti de baisser les yeux, de ménager la chèvre et le chou, en espérant naïvement que le soleil radieux du vivre-ensemble succèderait à la tempête du survivre-malgré. Il est aisé de se réfugier derrière la crainte d'une guerre civile fantasmagorique pour légitimer l'inertie, le clientélisme, et excuser l'absence de courage politique. Pendant quatre ans, messieurs Hollande, Valls, Cazeneuve, Ayrault et consorts, mesdames Taubira, Vallaud-Belkacem, Cosse, Duflot, sans oublier la maire de Paris Anne Hidalgo, nous ont confinés jusqu'à la suffocation dans la honte d'être Français. Ils ont déclaré la guerre non pas aux racailles mais à l'islamophobie, ils se sont mis en tête de traquer le racisme dans les moindres recoins des réseaux sociaux, de pratiquer la mixité sociale à grande échelle au risque de mieux disséminer le prosélytisme, de diaboliser la «France rance» en distillant des rimes subliminales entre gaullisme avec fascisme. Comment l'ennemi peut-il

avoir une once de respect pour un pays émasculé par les perpétuelles jérémiades expiatoires, amputé de son récit national, mutilé par sa peur délirante d'un retour aux heures sombres? Il est plus facile d'équarrir une nation qui a déjà un genou à terre. Le sang versé par Jacques Hamel ne l'aura pas été en pure perte. Il a sorti de leur torpeur des médias qui ne se hasardent plus, pour l'heure, à des diagnostics de Diafoirus de l'info, invoquant les actes d'un «déséquilibré», «forcené» ou «dépressif». Soit dit en passant, on prend le pari que les millions de catholiques rendus dépressifs par cette tragédie n'iront pas se défouler en crucifiant un imam. Pas plus qu'ils n'iront vider des Kalash' sur des musulmans en terrasse au prétexte que le christianisme est la religion la plus persécutée dans le monde. Lesdits catholiques ont d'ailleurs reçu la compassion et la solidarité de François Hollande. Le président estime-t-il que ce crime sauvage n'endeuille que la communauté catholique? C'est, plus que jamais, la France entière, qu'elle soit croyante, agnostique ou athée,

qui est meurtrie par ce nouvel attentat. Cette France-là veut comprendre pourquoi la sécurité nationale n'est pas assurée. Pourquoi une majorité d'élus de gauche vote contre une proposition d'amendement visant à renforcer les fermetures administratives de mosquées salafistes. Pourquoi l'un des terroristes, qui avait tenté de partir en Syrie et passé un an en prison, a été libéré en mars, dans l'attente de son procès pour «association de malfaiteurs en vue d'une entreprise terroriste». Pourquoi les propositions du rapport Fenech ont été snobées par les dirigeants. Pourquoi des experts aussi précieux que le juge Trévidic sont écartés par des lois idiotes. Pourquoi on se perd dans des mesurettes comme les centres de déradicalisation, ce patch antifanatisme à un million et demi d'euros par an. Pourquoi il est de mauvais goût d'évoquer les failles du Renseignement et de critiquer la fusion des RG et de la DST. Les Français ne veulent plus d'un François Hollande qui leur entonne jusqu'à la nausée «aux larmes citoyens». Ils veulent gagner la guerre civilisationnelle que l'obscurantisme leur a déclarée. Répliquer à l'attaque ne relève pas de la basse vengeance mais du simple bon sens, à moins d'être suicidaire. Si le gouvernement redoute à ce point les dérives insurrectionnelles, il serait bien inspiré de changer enfin de langage et de méthode.