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jeudi 26 avril 2018

Les séminaristes de Paris à la messe traditionnelle


En 2018, les quatre-vingt séminaristes que compte l'archidiocèse de Paris décidèrent d'étudier la liturgie traditionnelle et le Motu Proprio Summorum Pontificum.
 
Renaissance Catholique
 
 
 
 

Lumen ad reve­la­tio­nem gen­tium ! « La lumière qui éclaire les Nations », c'est le Christ, Notre Sei­gneur, qui est pré­sen­té, à l'aube de sa vie ter­restre, aux digni­taires du Temple de Jéru­sa­lem. N'est-ce pas éga­le­ment cette litur­gie antique, dédai­gnée ces der­nières décen­nies et par laquelle Dieu conti­nue d'habiter par­mi nous et de régé­né­rer les âmes à tra­vers les siècles ? C'est, en tout cas, cette clar­té des rites les plus sacrés qui a récem­ment pu briller sur les sémi­na­ristes pari­siens à l'occasion de la fête de la Pré­sen­ta­tion, le 2 février der­nier. Ce jour-là, l'ensemble des can­di­dats au sacer­doce de la capi­tale a assis­té à la messe célé­brée selon le mode tra­di­tion­nel par le père abbé du Bar­roux en l'église Saint-Louis-en-l'Île.

Le choix délibéré des séminaristes

Chaque année, les res­pon­sables du Grand Sémi­naire de Paris ont l'habitude de pro­po­ser à leurs pupilles d'étudier un module d'enseignement de leur choix. Peut-être cette pra­tique tire-t-elle ses racines de méthodes édu­ca­tives datées, impré­gnées de slo­gans par­ti­ci­pa­tifs et démo­cra­tiques. À l'heure où la base tire des conclu­sions sévères sur l'inanité des expé­ri­men­ta­tions mal­avi­sées des aînés, cette pra­tique ne peut que faire éclore des thèmes clas­siques, tran­chant avec les incon­sé­quences du pas­sé.

Aus­si, en 2018, les quatre-vingt sémi­na­ristes que compte l'archidiocèse déci­dèrent-ils, à une majo­ri­té abso­lue des votes, d'étudier la litur­gie tra­di­tion­nelle et le Motu Pro­prio Sum­mo­rum Pon­ti­fi­cum. For­cé­ment, ce choix ne fut pas sans sus­ci­ter l'inquiétude de nom­breux évêques qui devi­sèrent du sujet à l'occasion de la der­nière confé­rence épis­co­pale. Le monde tra­di­tion­nel n'avait-il pas été pla­cé en qua­ran­taine dans les années 1970 ? L'Église de France devait-elle vrai­ment reve­nir sur ce qu'elle croyait avoir jadis pros­crit avec l'assentiment de Paul VI ? Certes, Benoît XVI avait, semble-t-il, nuan­cé les inter­dic­tions en consen­tant à l'établissement de quelques réserves. Mais, face à la pres­sion des aspi­ra­tions, le mou­ve­ment avait empor­té les idées toutes faites sur son pas­sage. De plus en plus de voca­tions s'étaient tour­nées vers les ins­ti­tuts tra­di­tion­nels et une grande par­tie des recrues, non contentes de se voir impo­ser des res­tric­tions par l'épiscopat, avaient migré vers la com­mu­nau­té Saint-Mar­tin, l'un des der­niers viviers dans les­quels puisent les dio­cèses confron­tés à un cruel défaut de prêtres. Par ce stra­ta­gème, ce sont fina­le­ment les sémi­na­ristes qui imposent leur for­ma­tion aux évêques dému­nis et non le contraire. N'était-ce pas fina­le­ment le cou­ron­ne­ment des dis­po­si­tions post-conci­liaires dési­reuses de redon­ner la parole au peuple de Dieu ?

Mais cette fois, il n'est plus ques­tion de mou­vance tri­den­tine ou de res­sor­tis­sants de la mai­son de for­ma­tion d'Évron, mais bien de sémi­na­ristes dio­cé­sains, cette sania pars que les évêques avaient cru pou­voir pré­ser­ver de l'aspiration dite inté­griste. Alors que pen­dant des années, les res­pon­sables de la for­ma­tion sacer­do­tale avaient clai­re­ment dis­sua­dé le futur cler­gé d'approfondir le mis­sel tra­di­tion­nel, c'est la nou­velle géné­ra­tion, celle de La Manif Pour Tous, qui fait voler en éclat les tor­peurs des anciens, ceux de l'Après-68.

Des églises parisiennes résonnent aux échos de la liturgie tridentine

Messe pour les seminaristes du diocèse de Paris àe St EugèneRen­dez-vous fut donc pris en l'église Saint-Eugène-Sainte-Cécile pour une jour­née d'information avec deux pro­fes­seurs char­gés des âmes de ladite paroisse, les abbés Marc Guel­fuc­ci et Éric Ibor­ra, ain­si que cer­tains fidèles repré­sen­ta­tifs. Des vêpres solen­nelles de Saint-Ignace d'Antioche avec trois cha­piers furent digne­ment célé­brées. Un demi-siècle après les avoir aban­don­nés dans la pré­ci­pi­ta­tion, les sémi­na­ristes goû­taient à nou­veau en corps consti­tué à la magni­fi­cence de rites redé­cou­verts avec res­pect et pié­té. Ce qui sem­blait, au terme des inter­dic­tions, devoir être l'apanage de quelques esprits curieux, en quête d'archéologisme, parais­sait devoir deve­nir un ensei­gne­ment com­mun duquel nul futur prêtre de notre temps n'allait pou­voir faire abs­trac­tion. En un ins­tant, des paroisses cen­sées demeu­rer des sas de décon­ta­mi­na­tion et ensuite des réserves folk­lo­riques étaient deve­nues des labo­ra­toires modèles pour une nou­velle évan­gé­li­sa­tion.

Le len­de­main, pour la fête de la Puri­fi­ca­tion de Notre-Dame et de la Pré­sen­ta­tion au Temple, tous les sémi­na­ristes de l'archidiocèse étaient conviés en l'église Saint-Louis-en-l'Île pour une messe chan­tée, célé­brée par le père abbé du Bar­roux, dom Louis-Marie de Geyer d'Orth. Il serait dif­fi­cile de ne pas se remé­mo­rer à cet ins­tant son pré­dé­ces­seur, dom Gérard Cal­vet, célé­brant sous la voûte voi­sine de Saint-Nico­las-du-Char­don­net, à la nais­sance et à l'architecture si sem­blables, et qui, après avoir ser­vi de temple à la fer­veur de géné­ra­tions de futurs prêtres, conser­va dans les années 1970 le mono­pole de cette même litur­gie, pros­crite et ramas­sée dans le cani­veau d'une Église en proie aux inno­va­tions les plus incon­grues.

Si les quatre-vingt lévites avaient ini­tia­le­ment dési­ré étu­dier le Motu Pro­prio Sum­mo­rum Pon­ti­fi­cum, il aurait été logique que le mis­sel de 1962 fût célé­bré ce jour-là. Fina­le­ment ce fut celui de 1965, en ver­tu sans doute des cou­tumes du Bar­roux, sur le petit autel ins­tal­lé à la faveur des réformes et au détri­ment du splen­dide maître-autel. Plu­sieurs autres ano­ma­lies devaient éga­le­ment émailler la célé­bra­tion de cette messe. Il était enfin éton­nant que, à l'occasion d'une jour­née mar­quant les retrou­vailles d'un cler­gé avec sa litur­gie tra­di­tion­nelle, le pré­di­ca­teur choi­sît pour seules réfé­rences, au milieu d'un ser­mon pour­tant de bonne tenue, sa jeu­nesse, Lumen Gen­tium, et Jean-Paul II, comme pour se dédoua­ner d'un trop plein de tra­di­tio­na­lisme, alors que tant de modèles s'imposaient sur le thème qui réunis­sait cet aréo­page ecclé­sias­tique.

Un jeune clergé aguerri à la Tradition liturgique

Messe traditionnelle seminaristes St Louis en L ileFina­le­ment, ces pin­cettes ont dû plu­tôt faire sou­rire les sémi­na­ristes qui connaissent les dif­fé­rends internes à l'Église de France. L'influence du monde tra­di­tion­nel, l'impact du pèle­ri­nage de Chartres, la dif­fu­sion du mis­sel tri­den­tin depuis dix ans expliquent le fait que ces der­niers ont davan­tage retrou­vé la litur­gie plus qu'ils ne l'ont décou­verte et apportent les rai­sons du choix qu'ils ont posé cette année. Même si les nova­teurs n'ont jadis recu­lé devant aucun effort pour rete­nir et ména­ger des géné­ra­tions dont le pro­gres­sisme actait la rup­ture doc­tri­nale, les recrues du cler­gé pari­sien paraissent fina­le­ment plus proches des Scouts d'Europe ou de Saint-Jean-de-Pas­sy que de la Jeu­nesse ouvrière chré­tienne ou de Saint-Mer­ry…

En réa­li­té, c'est la pié­té, la dévo­tion et la bonne volon­té mani­feste des sémi­na­ristes qui ont brillé au cours de ces céré­mo­nies. L'époque où leurs pré­dé­ces­seurs aspi­raient à inno­ver, à recou­rir à des ins­tru­ments musi­caux peu conformes, à faire de la litur­gie ce que le car­di­nal Rat­zin­ger appe­lait un « show », paraît quelque peu révo­lue. Le ser­vice d'autel assu­ré par les can­di­dats au sacer­doce était par­fait, ils étaient revê­tus de belles aubes blanches unies avec amicts et cor­dons. Un petit chœur a par­fai­te­ment chan­té une des pièces du propre à la com­mu­nion. La messe des Anges a reten­ti avec un bel ensemble sous les voûtes, accom­pa­gnée par un orga­niste qui connaît son métier. Et s'il fal­lait que la par­ti­ci­pa­tion fût active, elle le fut puisque les par­ti­ci­pants connais­saient mani­fes­te­ment bien le rite ou, du moins, l'avaient bien étu­dié. Ils savaient quand se tenir debout ou à genoux. Ils ont, par exemple, génu­flec­té à l'unisson, non seule­ment au Et incar­na­tus est mais aus­si au Et ver­bum caro fac­tum est du der­nier évan­gile. Cela ne s'improvise guère.

Ces deux jour­nées sont sans doute assez symp­to­ma­tiques de l'état de l'Église de France. Tan­dis que par­tout les églises ferment et que les nom­breux prêtres for­més avant le Concile dis­pa­raissent, leurs jeunes suc­ces­seurs, bien que leur nombre soit peu éle­vé, paraissent de plus en plus affran­chis de l'esprit d'innovation qui vou­lait faire table rase des tra­di­tions. Sans doute, en bien des endroits, la for­ma­tion doc­tri­nale de ces jeunes lévites reste-t-elle mar­quée par les idées qui ont foi­son­né au cours de ce demi-siècle. Le temps pro­pice sera long pour faire renaître une Église cen­trée sur l'idéal mis­sion­naire, à par­tir des cendres d'une uto­pie obnu­bi­lée par les idées de dia­logue et de com­pro­mis. Mais l'exemple pré­sent montre aus­si la rapi­di­té des chan­ge­ments. Qui, il y a vingt ans, et même dix ans, aurait pu ima­gi­ner que l'ensemble des sémi­na­ristes pari­siens puisse assis­ter de façon offi­cielle à la messe tra­di­tion­nelle pour mieux l'étudier ?

Côme de Pré­vi­gny

 
 
 
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Du 21 au 24 juillet 2018 à
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